Interview de la députée Laure de La Raudière

Femme politique devenue incontournable sur les sujets blockchain et cryptomonnaie dans le paysage politique français et européen, la députée Laure de La Raudière nous explique son parcours et les sujets sur lesquelles elle agit.

La députée Laure de La Raudière, avec Mangoose,
première entreprise française de peluches achetables en cryptomonnaies.

En quelques points :

Présidente du groupe d’amitié France-Estonie

Co-présidente du groupe d’étude Cybersécurité et souveraineté numérique

Vice-présidente des groupes d’études parlementaires :

Membre des groupes de travail

Dans un contexte où la Banque de France lance son propre projet pilote de cryptomonnaie et où le FMI plaide en faveur de stablecoins, les députés ont un rôle central à jouer sur le futur de la France en matière de blockchain et de cryptomonnaie.

Madame Laure de La Raudière, députée française préférée lors de notre sondage sur le groupe Facebook du CFC, a accepté de répondre à quelques questions :

LVBG pour le CFC – Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la blockchain ?

Madame la députée Laure de la Raudière (LDLR) – J’ai été élue députée de la 3ème circonscription d’Eure-et-Loir en 2007, sous l’étiquette UMP. Je siège actuellement en tant que députée Agir (la droite constructive). Après une carrière professionnelle dans le numérique, il me paraissait essentiel de m’intéresser aux sujets de télécommunications, d’innovations numériques et technologiques pendant mon mandat en mettant mes compétences professionnelles à profit. Il était donc important pour moi, de m’emparer des enjeux liés à la technologie « blockchain » et des cryptomonnaies.

Je suis ingénieure telecom de formation, j’ai effectué une partie de ma carrière professionnelle dans un grand groupe français : France Telecom (aujourd’hui : Orange). Puis j’ai été associée dans une startup Pertinence Data Intelligence qui utilisait l’Intelligence Artificielle pour faire du data mining en 2002. Malheureusement, nous étions trop en avance sur le marché. Cela m’a cependant beaucoup appris.

La blockchain offre la promesse d’assurer la confiance dans les échanges de valeurs, et ce sans avoir besoin d’un tiers de confiance. Cette technologie est vouée à conduire à des changements radicaux dans tous les secteurs activités. Je tiens à ce que la France ne reproduise pas les mêmes erreurs qu’avec l’essor de l’Internet. La cryptomonnaie est aujourd’hui l’illustration la plus concrète des usages la technologie blockchain, il m’était alors obligé de m’intéresser aux crypto-actifs.

LVBG – A quels projets politiques avez-vous participé sur ces sujets ? Pouvez-vous nous expliquer quels sont vos actions ?

LDLR – J’ai déposé en 2016 un amendement à la Loi Sapin 2 pour autoriser l’échange de titres de sociétés non cotées grâce à la technologie Blockchain, afin de porter ce sujet dans l’hémicycle. Nous avons alors habilité le gouvernement à légiférer par ordonnance sur ce sujet. Nous faisons ainsi partie des rares pays qui autorisent l’échange de titres de sociétés non cotées par l’intermédiaire d’une technologie Blockchain. C’est une action très concrète.

J’ai aussi participé aux débats parlementaires sur les articles de la loi PACTE consacrés aux ICOs et aux cryptoactifs. J’ai notamment porté dans le débat le fait que les acteurs de l’écosystème rencontraient de sérieuses difficultés sur l’accès aux comptes bancaires. Enfin, avec mon collègue Jean-Michel Mis, député de La Loire, nous avons rédigé un rapport parlementaire sur les usages de la blockchain, avec des préconisations budgétisées et des pistes de réflexion.

Je déploie beaucoup d’énergie pour faire de la pédagogie des enjeux liés aux cryptoactifs et aux risques économiques mais aussi de souveraineté, que nous encourrons si nous restons inactifs. Je discute avec le gouvernement sur ce sujet, Bercy, la Banque de France, mais aussi avec le chargé de mission de la Banque Centrale Européenne (BCE). Mon but est que la France et l’Europe puisse bâtir un cadre attractif pour développer cette nouvelle économie et favorise l’émergence de solutions de type « stable-coin » en euro, face au futur développement de Libra (la cryptomonnaie de Facebook). Il y a un véritable enjeu de souveraineté monétaire pour la zone Euro.

LVBG – Selon vous, quel potentiel a la blockchain pour la France (et l’Europe) ?

LDLR – Je suis pleinement convaincue de deux choses :

La première : cette technologie est aussi puissante que révolutionnaire.

La deuxième : Les technologies actuelles de Blockchain ne sont pas totalement matures.

Il y aura mieux que le Bitcoin et l’Ethereum pour les paiements. Le Bitcoin n’est pas assez rapide et l’Ethereum n’est pas à 100% fiable… il y a donc un potentiel pour la place des technologies blockchain européennes ! Il faut vraiment prendre conscience que l’Europe a une carte à jouer sur d’autres technologies qui résoudront les problèmes des infrastructures actuelles.

LVBG – Que conseillez-vous aux entrepreneurs français et européens de la cryptomonnaie  et de la blockchain ?

LDLR – Vous savez, un politique n’a pas de conseil à donner à des entrepreneurs… Ils sont toujours beaucoup plus spécialistes de leur domaine que nous pouvons l’être, par la nature même de notre activité.

Je veux juste leur dire que la volonté politique existe en France pour créer un cadre favorable aux usages de la Blockchain et des cryptoactifs. L’Autorité des Marchés Financiers a développé une réelle expertise sur ces enjeux et délivrent de précieux conseils aux entrepreneurs en matière de réglementation applicable.

LVBG – Avez-vous des conseils à donner aux étudiants par rapport à la blockchain ?

LDLR – Les étudiants doivent bien prendre conscience qu’ils vont exercer plusieurs métiers au cours de leurs vies. C’est une chance, comme mon parcours peut en attester. Je leur conseille de rester à l’écoute, de se tenir informés, d’être curieux sur les changements induits par les nouvelles technologies. Je les encourage également à regarder ce qu’il se passe à l’étranger : les évolutions technologiques autant que leurs impacts sur la société, et d’avoir toujours en conscience les effets des usages des technologies sur la place de l’homme dans la société, sur l’humain et sur notre capacité à conserver le contrôle des décisions sur notre environnement.

Si je dois m’adresser aux étudiants qui travaillent sur le numérique et la cybersécurité, en particulier : il y a encore du travail pour un bon moment ! Alors qu’ils n’hésitent pas à embrasser ces carrières-là, car nous avons besoin d’eux !

La question CFC-Inside  

LVBG – Avez-vous des cryptos ?

LDLR – Je n’en ai pas à titre personnel, j’ai délégué à mon mari l’achat de bitcoins en 2016… et on HOLD !

Propos recueillis par Louise Valentina Bautista Gomez février 2020 pour le CFC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *