Interview de Morteza Alaeddini, consultant Blockchain et doctorant en Sciences de Gestion à l’Université Grenoble Alpes

Les recherches de Morteza Alaeddini portent sur la conception d’un système multi-agents pour le trading sur un marché monétaire interbancaire ouvert, équipé d’un dépositaire de titres décentralisé basé sur la blockchain.

Morteza Alaeddini, doctorant en Sciences de Gestion

LVBG – Qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

MA – Je suis doctorant à l’Université Grenoble Alpes et je travaille actuellement sur ma thèse au laboratoire CERAG. Avant cela, j’ai travaillé en tant que business/system analyst, programmeur et product manager dans les industries logiciels/bancaire pendant les quinze dernières années.

LVBG – Comment avez-vous entendu parler de la blockchain pour la première fois ?

MA – Comme je le disais, mon activités principale était le développement de logiciel bancaire et de consulting dans ce domaine. Il était donc naturel que j’entende parler du bitcoin et par conséquent, de la blockchain lorsque j’ai commencé en 2009. Cependant, j’étais intéressé de suivre l’actualité à cette époque car, les monnaies virtuelles étaient l’une des idées et souhaits les plus en vue parmi les personnes qui travaillaient dans ce domaine, moi y compris.

LVBG – Pitchez nous votre sujet de thèse !

MA – Dans ce projet de thèse, je désigne et je développe un système multi-agent pour le trading dans un marché interbancaire ouvert basé sur la blockchain. Dans un tel marché, les banques commerciales et la banque centrale peuvent supporter dynamiquement les problèmes d’équilibrage entre l’offre et la demande de devises, et ainsi sécuriser leur enregistrement des transactions du marché sur une plateforme basée sur une blockchain privée. De plus, grâce à l’utilisation de la technologie blockchain dans le système de dépôt et de clearing, de nouveaux concepts comme les “crypto-securities” pourront être développés dans l’avenir.   

LVBG – Quels sont vos partenaires dans votre projet de thèse (directeurs, financements, collaborations, directeurs, etc.)

MA – C’est un sujet de recherche multidisciplinaire, par conséquent trois différents professeurs supervisent ma thèse. Le professeur Philippe Madies me guide sur les domaines de la finance et de l’économie. Paul Reaidy est le professeur avec lequel j’ai d’abord partagé l’idée, et qui m’aide à designer le système et les dynamiques d’offre et de demande de devises et qui principalement conduit le projet. Enfin, la professeur Julie Dugdale, qui est spécialisée dans l’intelligence artificielle, la modélisation et la simulation multi-agents, nous aide également dans le projet de thèse. Le projet est classifié Initiatives de Recherche Stratégiques (IRS) et il est financé par l’IDEX Université Grenoble Alpes. Nous utilisons également des données venant de plusieurs banques commerciales, la Banque de France et la Banque Centrale Européenne (BCE) pour la simulation.

LVBG – Quel est la plus grande découverte que vous ayez faite au cours de vos recherches jusqu’à aujourd’hui ?

MA – Auparavant, plusieurs chercheurs avaient réalisé des simulations du marché interbancaire en utilisant une modélisation multi-agents. Cependant, intégrer l’intelligence artificielle, spécifiquement les systèmes multi-agents, avec la blockchain dans le marché interbancaire est une nouvelle idée. Dans toute la littérature parcourue, nous avons trouvé que cette transparence, symétrie de l’information, et confiance sont des problèmes actuels des marchés interbancaires qui jouent un rôle crucial dans la mitigation des risques systémiques et réduisent la contamination lors de crises économiques, et donc la technologie blockchain peut permettre d’aider à les résoudre. Laissez-moi clarifier cet argument avec un exemple. Plusieurs chercheurs ont déjà observé avec des simulations que le régime de contagion a été réduit en donnant des signaux informationnels aux banques. Par conséquent, cela peut présumer que l’utilisation d’une plateforme blockchain, sur laquelle les premiers nodes sont bancaires, peut jouer un rôle très utile en réduisant les risques systémiques en maintenant un signal d’information continuellement.

LVBG – Une chose que vous avez apprise au cours de vos recherches et que vous voudriez vulgariser auprès du grand public sous forme de message ?

MA – D’un côté, parce qu’il est difficile de comprendre les décisions prises par les systèmes d’Intelligence Artificielle, la blockchain peut aider à suivre le chemin de la pensée et à les comprendre. D’un autre côté, l’Intelligence Artificielle peut augmenter significativement la performance de la blockchain. Ces idées ont été récemment appliquées au domaine de la santé, où la donnée est utilisée pour détecter, diagnostiquer et prévenir les maladies. Nous essayons de la même façon d’amener cette innovation dans l’économie.

LVBG – Un conseil que vous voudriez donner à un étudiant qui souhaite s’engager dans une thèse comportant la blockchain dans le sujet ?

MA – Pour ce que je sais, la Blockchain as a Service (BaaS), la Blockchain fédérée, autant que l’intéropérabilité et les protocoles d’intégration entre les plateformes blockchains ou entre ces plateformes avec d’autres technologies comme l’Intelligence Artificielle et l’Internet des Objets sont des tendances d’étude et d’innovation.

Concernant le sujet de mes recherches, le développement d’un système de dépôt décentralisé base sur la blockchain, ou la conception et l’implémentation de crypto-securities pourraient être deux futures études.

Questions CFC-inside:

LVBG – Avez-vous personnellement des cryptomonnaies ?

MA – La prochaine fois que le marché devient intéressant, je compte acheter sérieusement des crypto-actifs à des fins d’investissement.  

LVBG – Si oui, quel est votre coin préféré ?

MA – Bitcoin et Neo pour du HOLD et Siacoin pour du mining.

Propos recueillis par Louise Valentina Bautista Gomez en juin 2020 pour le CFC